07.03.2009

Dernière visite à l'aire


  Nous nous sommes rendues pour la dernière fois le jeudi 27 février dans le cadre du TPE à l'aire de Ploujean afin de prendre quelques photos et d'interroger une seconde famille, Frédéric et Violette Reynard. Voici les propos et diverses informations que nous y avons recueillis.

 

_   Deux peuples vivent et se côtoient sur l’aire : les Rom ainsi que les Manouches. Les premiers sont notamment représentés par les Demestre et les seconds par les Reynard, ces deux familles les principales de l'aire de par leur importance, leur nombre.  On note qu'elles se regroupent entre-elles dans l'esprit familial de regroupement que nous avions déjà pu constaté.  La famille est une notion très importante chez les Gens du voyage, confirment les Raynard.De cette manière, les Demestre sont présents sur l'aile gauche de l'aire et les Reynard sur la droite. 

_ On observe, d’après la famille Reynard, que les Gens du voyage de l’aire de Ploujean se "sédentarisent" de plus en plus du fait qu'ils voyagent de moins en moins. Cette plus grande stabilité a pour conséquence que les enfants sont davantage scolarisés qu’autrefois et que de plus en plus de jeunes souhaitent devenir sédentaires. <!--[endif]-->Même les Reynard avouent se déplacer peu et eux-mêmes se sédentariser de plus en plus, sauf en été où ils partent et voyagent souvent pour des missions évangéliques. Un autre changement influencé par le monde sédentaire est aussi perceptible. En effet, avant l'enfant portait le nom de la mère mais actuellemnt il porte à l'instar des sédentaires le nom du père.

_   Bien que les mariages entre sédentaires et GDV soient rares selon les Reynard, leur famille se distingue de par leur "mixité". En effet, beaucoup de membres de cette famille se sont unis à des sédentaires : un neveu, une cousine, un fils... Certains ont alors choisi de se sédentariser et ne le regrettent pas  tels un de leur fils exerçant la profession de ravaleur de façades mais pour d'autres, ce sont les compagnons sédentaires qui ont décidé d'adopter le mode de vie nomade. Cependant ce dernier cas est plus courant que l'inverse : ce seraient les sédentaires qui en général souhaitent rejoindre les Gens du voyage, l’inverse s’opérant plus rarement, nous confie Philippe. Sans compter que Violette est la marraine d'une sédentaire. 

_ La famille Reynard ne pense pas qu’il y ait de différences réelles (mentalité etc.…) entre les sédentaires et les Gens du voyage, que cela varie en fonction des gens. Cependant elle confirme que les sédentaires conservent des aprioris pour les gens du voyage notamment cette image du « voleur de poules » et affronte parfois des insultes de la part de morlaisiens. Il est d'ailleurs inquiétant que cette discrimination selon les Reynard et d'autres GDV soit de plus en plus présente et virulente. Violette qui vit depuis 65 ans à Morlaix et qui a travaillé deux ans au Collège du Château constate avec peine la dégradation des rapports entre les deux communautés. Un impression de payer pour une minorité et que l'on met tout le monde "dans le même sac" est vécue chez les Reynard. Philippe et les reynard nous confirment également que, lors des missions évangéliques, lorsqu’un endroit tel qu’un terrain où une salle leurs est accordé, les Gens du voyage et notamment les pasteurs de la région font très attention à veiller au respect des lmieux (niveau déchets etc.…). En effet, ils sont parfaitement conscients que s’ils ne respectent pas cet endroit, le droit de l’occuper ne leur serait plus attribué l’année suivante. Mais trop de personnes conscientes de leurs présence dégradent les lieux sachant pertinemment que la police tombera sur les Gens du voyage en premier lieu.
Encore une triste constatation, les Gens du voyage refusent de nous laisser photographier leur véhicule de travail par peur car trop de gens ont annulé leur contrat une fois qu'ils ont  appris que ces personnes étaient des Gens du voyage.

Cependant la famille Reynard qu'elle accepterait sans problème l’arrivée d’un sédentaire dans la communauté, même s’ils avouent se méfier des gens qu’ils ne connaissent pas. Il leur est d’ailleurs déjà arrivé d’être rejoints par un couple de sédentaires avec enfants, il y a une quinzaine d’années à Douarnenez. Mais ceux-ci n’arrivaient parfois pas à se débrouiller pour manger. Ainsi une forme de solidarité s’était instaurée et les Gens du voyage les aidaient à vivre. Cette famille est restée quelques années avec les Reynard puis elle est partie dans le Nord en voulant continuer à vivre en nomades.

La famille Raynard possédait auparavant une maison, mais Violette ne semble pas supporter de vivre dans une maison et indiquait avoir le sentiment d'étouffer si bien qu'ils l’ont revendue.

 

_ Les Gens du voyage ne se trahissent jamais entre eux, par peur de l'omertà c'est-à-dire la loi du silence qui règne entre les familles. Ainsi ceux qui font du dégât ne seront pas dénoncés. Les gestionnaires régisseurs doivent aussi répondre à certains principes pour continuer à garder un minimum de confiance avec les Gens du voyage, ainsi ils doivent bien faire comprendre aux Gens du voyage que bien que présents pour faire respecter des lois, ils ne sont en aucun cas là pour représenter la police, et ne s’associent pas à eux. Par exemple en cas d'enquête policière, les gestionnaires n'aident pas les forces de l'ordre du fait qu'ils ne donnent jamais de noms ou d'emplacements afin de ne pas perdre la confiance des GDV.

_ La loi Besson stipule que l’aire doit être au minimum fermée 3 semaines par an (nettoyage, vieillissement des conduits etc.…). Mais une fois l’aire fermée il n’existe aucune solution de remplacement durant ces 3 semaines de fermeture, les Gens du voyage n’ont alors nul part où aller au niveau de la ville, et n’ont d’autres choix que d’occuper des terrains illégalement.

_ Les Raynard pensent comme l’affirmaient Riri et Marthe, que la religion a davantage d’importance qu’auparavant, et notent une expansion de la religion évangéliste, au dépit de la religion catholique notamment du culte des Saints qui étaient autrefois plus pratiqués. Violette précise cependant que pour elle c'est une bonne chose que les jeunes soient de plus en plus croyants : cela les empêcheraient de faire des bêtises par crainte de commettre un pêché.

_ Evocation de l’aspect moins matérialiste des Gens du voyage : Mr Raynard n’avoue que peu courir après l’argent et considérer les rapports humains comme plus importants ntamment la solidarité ("Si quelqu'un a besoin, on le nourrit."). Les pasteurs collectent également des dons en faveur de l'Afrique.

_ La langue qu’utilisaient autrefois certains Manouches pour parler entre eux et propre à leur culture disparaît peu à peu, elle n’est presque plus pratiquée aujourd’hui dans le cas de Ploujean. En effet, les jeunes savent de moins en moins parler manouche et s'exprime essentiellement en français.

Quelques mots en langue Manouche que nous a appris Frédéric :

Gavani = Fille sédentaire

Gavano = Garçon sédentaire

Gadjé = plusieurs sédentaires

05.03.2009

Rencontre avec Micheline

Bonjour,

Nous avons rencontré et interrogé Micheline vendredi 27 février. En effet, elle a eu des relations proches avec des Gens du voyage notamment à l'occasion de vacances dans le Sud Ouest de la France où sa famille a fait la connaissance de Manouches. Nous allons vous résumer ses propos qui illustrent les échanges qui peuvent exister entre les sédentaires et les Gens du voyage.

Tout d'abord, Micheline a connu des Gens du voyage du fait que son mari soit de mère Tsigane d'origine roumaine. De plus, ayant exercé le métier de marionnettiste, elle les a donc fréquenté professionnellement dans les fêtes foraines ou les marchés. Micheline nous précise que les forains les acceptaient et semblaient penser qu'ils étaient aussi Gens du voyage. Avaient alors lieu des échanges de services, Micheline et son mari tenant un stand de crêpes, en offrait gratuitement aux enfants manouches qui en retour donnaient des tickets de manèges à leur fille. Il arrivait que parfois ils rencontrent de la méfiance ne faisant pas partie du "clan" si bien que certains leur demandaient de partir. Micheline et sa famille allaient dans les mêmes camping que les forains.

Cet été, en passant des vacances dans le Sud-Ouest de la France dans un camping, ils ont rencontré à nouveau des manouches avec lesquels ils ont vraiment sympathisé. Micheline ayant 3 petits fils, le contact s'est d'abord fait entre les enfants. Ainsi, peu à peu, des liens se sont tissés. Les manouches invitaient la famille de Micheline à manger et à passer la soirée avec eux. De cette manière, Micheline nous décrit ces soirées où les petites filles apprenaient le flamenco sur le son des guitares. La famille manouche a précisé qu'elle était en France depuis longtemps et qu'elle constatait que plus les années passaient, plus le racisme augmentait. Micheline indique en effet que les manouches, avant leur arrivée, n'osaient pas se baigner avec les sédentaires et se mettaient à part à la plage. La situation a changé lorsqu'ils se sont rapprochés de la famille de Micheline. Sans compter que selon cette dernière, le camping profitait de la situation pour faire plus cher aux Gens du voyage afin qu'ils puissent rester. Au fil du temps, une véritable solidarité s'est crée. Les Manouches aidaient notamment Micheline alimentairement, vestimentairement etc.... Ainsi lors d'un orage, la famille de Micheline pouvait compter sur les Gens du voyage qui avaient précisé à sa fille qu'en cas de problème ils les accueilleraient.

Ce rapprochement était visible, les femmes manouches appelant les petits-fils de Micheline: "fils".

Micheline nous confie qu'elle et sa famille ont passé de très belles vacances en compagnie de cette famille de Manouches et que la séparation ne fut pas facile.

A bientôt !

02.03.2009

Sondage

Bonjour,

Nous avons élaboré, il y a peu, un sondage sur les Gens du voyage destiné aux Morlaisiens, dont le thème était "Connaissons-nous réellement les Gens du voyage ?" afin de mieux connaître les rapports entre les deux communautés dans la région morlaisienne. Nous nous sommes donc rendues mercredi 25 février dans les rues de Morlaix, puis le samedi matin sur le marché. Lors de cette enquête au marché, nous avons eu l'occasion de rencontrer des Gens du voyage qui y travaillaient. Actuellement, nous avons presque atteint les 50 questionnaires remplis mais nous espérons aller jusqu'à 100 exemplaires.

Nous publierons ce questionnaire ainsi que ses résultats dès qu'il sera fini.

Bonne journée !